À jamais sans ma fille

La perte d’un être cher est à coup sûr l’événement le plus difficile que nous ayons à subir au cours de notre vie. Un tel événement provoque un stress énorme, une déstabilisation du réel, un bouleversement de toute notre vie affective sans parler de l’isolement qui parfois peut mener au désespoir.

Même si beaucoup disent qu’une perte peut se transformer en croissance personnelle, au départ ce n’est pas très évident. Lorsqu’un deuil subit arrive, comme lorsque ma fille Charlyne est décédée accidentellement en septembre 1996, on est loin de penser à la croissance personnelle que le deuil nous apportera. On a beau se faire rappeler les différentes phases du deuil telles le choc, la négation, la dépression, la colère, la pleine conscience de la perte et enfin l’héritage spirituel que la personne qui nous a quittés nous laisse, on n’a rien à en faire.

Ce que je peux vous dire c’est qu’à la suite de la mort de votre enfant, vos espoirs, vos rêves et vos plans d’avenir sont sens dessus-dessous. Vous réalisez sous l’effet du choc que votre vie si paisible auparavant vient d’être bouleversée à jamais. À la longue, vous vous apercevez que votre deuil est unique, que personne y compris votre conjoint ou conjointe ne vivra cette perte exactement comme vous la vivez.

J’ai au début du deuil eu l’impression que je rêvais et je souhaitais me réveiller pour constater que rien de tout ça ne s’était passé. Par contre la réalité était là, bien en place.

Bien que je sois plus âgé qu’elle, que j’avais protégé mon enfant et pourvu à ses besoins, je lui avais survécu et elle était morte. C’est là une réalité très difficile à comprendre.

Il faut s’attendre, à la suite d’un décès, à ressentir une multitude d’émotions. Aussi bizarres que ces émotions puissent paraître, elles sont normales et saines. Ne soyez pas surpris si vous avez soudainement une vague de chagrin à un moment totalement inattendu. Mais attendez-vous aussi que vous aurez des vagues de chagrin dans des moments bien précis également. Des situations comme les anniversaires et le temps des Fêtes sont des moments qui, au début du deuil, nous bouleversent. La joie pour un parent à Noël, c’est de revivre son enfance et la magie de Noël à travers ses enfants. Lorsque soudain il manque cet enfant, on se dit que la vie n’a pas été juste envers nous.

L’héritage pour moi c’est comme le début d’un nouveau départ. Cela arrive selon moi lorsque, après quelques années, on se donne finalement de nouveaux projets et de nouveaux horizons. On envisage de modifier des aspects de sa vie car on réalise que nous allons rester ici encore plusieurs années. On réalise aussi qu’il y a tout le bagage des beaux souvenirs, des belles expériences, des beaux moments de vie de l’être perdu qui nous revient et qui peuvent servir de tremplin vers d’autres beaux moments. Il faut alors passer à l’action, c’est-à-dire changer les choses qui nous tentent et atteindre les objectifs qu’on avait mis en veilleuse. Décider de vivre, c’est accepter de nouveaux engagements, de nouveaux défis. La mort d’un être cher ne doit pas signifier la fin de notre propre vie.

L’héritage que ma fille Charlyne m’a laissé est celui de prendre la vie un jour à la fois, de prendre chaque petit moment de plaisirs et de l’apprécier car on ne sait jamais quand la vie nous fera trébucher de nouveau. Mais c’est aussi surtout de voir et de réaliser que chaque personne que l’on côtoie, que l’on rencontre et que l’on fréquente, tous transportent en eux leur petit ou grand sac de peines qu’ils tentent de dissimuler tant bien que mal.

En cette période des Fêtes 2003, ça fait 7 ans que Charlyne n’est plus. Après y avoir réfléchi, je me suis souvenu que le premier Noël sans Charlyne, nous avions décidé de nous entourer de la famille et des amis. Nous avons organisé plusieurs fêtes où il y avait des chants, des musiciens, et tout ça, entrecoupé de visites des amis de Charlyne qui venaient à la maison pour essayer de nous réconforter.

Mon épouse et moi savions que ces jeunes adolescents avaient grandement besoin de réconfort. À chaque visite de ces jeunes, nous les amenions dans la chambre de Charlyne et les laissions seuls afin qu’ils puissent lui parler. Nous leur offrions de prendre un jouet, un bibelot, un vêtement lui ayant appartenu. Tous les jeunes qui ont apporté un objet on dit que c’était leur plus beau cadeau de Noël.

À tous les ans maintenant, nous organisons une fête où les gens viennent chanter et festoyer. Mon épouse et moi croyons encore que le meilleur moyen d’éloigner le cafard est de célébrer en bonne compagnie.

Le temps des Fêtes est toujours et sera toujours un moment de l’année difficile à passer car le temps des Fêtes représente la vie de famille et les rencontres de famille. J’ai perdu ma fille mais il me reste un fils qui lui, ne demande que de vivre pleinement et c’est pour lui que finalement nous sommes retomber sur nos pieds et que nous devons fêter Noël, car la famille maintenant pour nous, c’est lui, Jean-Philippe.

Il n’existe pas de recette magique pour passer à travers les Fêtes sans y verser de larmes. Mais à chaque année, à chaque anniversaire qui passe, les larmes se transforment tranquillement en sourire en pensant aux bons moments que l’être disparu nous a fait passer. Et chaque larme transformée en sourire fait en sorte que notre sac de peines se vide peu à peu.

Charlyne demeure pour moi le plus merveilleux des souvenirs.

Patrice Bélanger

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