Vivre le deuil de son toutou

Un texte reproduit avec autorisation du site Toutousmagazine.com par Marie-Loup, intervenante en comportement canin.

Toutou

Dès l’instant où nous laissons entrer un petit compagnon dans notre vie, nous savons qu’un jour ou l’autre, nous devrons vivre le chagrin de sa disparition. C’est malheureusement inévitable! Lorsque ce moment tant redouté arrive, c’est le douloureux processus du deuil qui s’enclenche et il peut être très difficile à traverser.

Il y a quelques années, j’ai dû faire euthanasier mon petit Boomrang qui souffrait de graves troubles comportementaux et j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter. C’est un livre «Le Deuil Animalier» qui m’a grandement aidé à cheminer. L’auteure France Carlos, psychothérapeute spécialisé en deuil animalier, m’a gentiment accordée une entrevue afin de mieux comprendre le deuil et son processus.

Le deuil animalier est-il encore un sujet très tabou au Québec?

Au Québec nous avons beaucoup de difficulté de parler de la mort. C’est un sujet que les gens ne veulent pas aborder. Comme si le fait de ne pas en parler va faire en sorte que nous éloignerons la mort. Lorsque nous transposons ce sujet en rapport avec nos animaux, cela devient doublement tabou. D’une part parce que nous voulons voir nos animaux vivre éternellement ou du moins nous survivre, ce qui est rarement le cas. D'autre part, nous hésitons de parler de la douleur du manque que nous vivons suite au décès de notre animal, de peur d’être jugés.

Comment devrait-on se préparer au départ prochain de son compagnon?

Il faut d’abord accepter que la vie d’un animal domestique est relativement courte. Il y a donc de fortes chances que notre chien meurt avant nous. Ensuite il faut voir comment nous agirons si la qualité de vie de notre animal se détériore, jusqu’au le laisserons nous souffrir.

Je dirais qu’il faut donc voir à ces 2 questions pratiquement dès l’arrivée e notre chien dans notre vie. Ne pas y penser à tous les jours, mais au moins y avoir porté attention au moment de l’adoption.

Ensuite lorsque notre animal est atteint d’une grave maladie et que le pronostic est pessimiste, nous devons alors nous rappeler que notre compagnon n’est pas éternel et ce que nous avons considéré être une qualité de vie acceptable.

Il faut garder en tête que c’est le bien-être de notre compagnon qui est important. Nous devons accepter de le laisser partir même si nous savons que cela sera très souffrant pour nous. C’est de l’aimer assez pour accepter de laisser partir.

Est-il normal de ressentir une grande tristesse lors de la perte de son animal de compagnie? Qu’elles peuvent être les conséquences?

Il est tout à fait normal de ressentir une immense peine. Nous ne pouvons perdre un être vivant qui a été dans notre vie jour après jour durant de nombreuses années sans être bouleversé par cette perte. L’animal est une source d’amour inconditionnel, un être vivant non jugeant. Perdre cette source d’amour est très souffrant. Essayer de faire abstraction de cette douleur, du manque, ne fera en fait que retarder l’expression des émotions souffrantes. Si nous ne prenons pas le temps de vivre cette peine, elle restera en nous à l’état latent et finira un jour par se manifester.

Comment se manifestent les états du deuil animalier et pourquoi est-il si important de respecter et vivre ses émotions?

Les états du deuil animalier sont : la négation, les émotions, l’acceptation et le réinvestissement.

  • La négation : C’est l’étape où la souffrance est tellement grande que nous préférons nier la réalité. Cette phase peut durer quelques minutes à quelques jours.

  • Les émotions : Le décès de notre animal nous amène tout un lot d’émotions. Il est possible que vous ressentiez de la peine, de la colère, la culpabilité, la douleur du manque, un sentiment d’abandon.

  • L’acceptation : Cette magnifique étape s’installe lorsque nous avons réussi à lâcher prise. Nous acceptons la réalité dans ce qu’elle a de souffrant, mais de créatif aussi.

  • Le réinvestissement : C’est le moment où nous reprenons goût à la vie en nous investissant soit auprès d’un nouvel animal, soit dans de nouvelles amitiés ou un nouveau projet. 

Il y a des deuils plus complexes. Par exemple une personne qui perd son chien guide, perd non seulement son fidèle compagnon, mais il perd aussi celui qui le protégeait, qui veillait sur elle. Une personne âgée qui doit quitter sa maison pour aller dans une résidence et qui ne peut avoir d’animal. Déjà cette personne doit accepter de laisser aller sa maison, son logement rempli de souvenirs. Elle renonce à une certaine autonomie. Si de plus elle doit renoncer à son compagnon poilu, elle perd bien souvent celui qui a été son compagnon dans ses moments de solitude. Il est malheureux que ces gens doivent se départir de leur animal de compagnie, car en même temps ils perdent ce qui bien souvent les maintenait alertes, responsable, leur donnait un sentiment d’utilité. Les gens dont le chien a fugué et qu’ils n’ont pas retrouvés. Ces personnes vivent avec pleins de questions non répondues; où est-il, va-t-il revenir, est-il toujours vivant, a-t-il trouvé une bonne famille de remplacement, est-ce qu’il s’est fait frappé par une auto? Le deuil est difficile à faire puisqu’il n’y a pas eu de contact avec l’animal décédé.

Comment peut-on vivre avec la décision d’avoir fait euthanasier son animal ou lorsque ce dernier meurt de façon accidentelle et tragiquement?

Ce qui est presque toujours présent peu importe la façon donc le chien est décédé, c’est la culpabilité [notamment lors d’euthanasie ou d’avoir tardé à faire soigné l’animal]. Certaines personnes ont besoin de pouvoir faire le point afin de se déculpabiliser et pouvoir ainsi accéder à la vraie émotion, qui est la peine, la douleur du manque

Quand doit-on demander de l’aide et consulter? Comment se déroule une consultation et quel est le rôle du thérapeute en deuil animalier?.

La meilleure façon de vivre un deuil animalier est en en parlant. Mais il n’est pas toujours facile d’avoir une oreille empathique, de pouvoir en parler sans être jugé ou sans se faire dire des choses que nous ne souhaitons pas entendre. Plusieurs personnes vont consulter afin de pouvoir avoir cette écoute non jugeante. Les premières semaines sont très difficiles à vivre. Si au-delà de 3 à 4 semaines la peine, la colère, la culpabilité, est encore très présente et souffrante, il devient judicieux de consulter. Si c’est émotions sont encore présentes de façon aussi vive c’est que le deuil n’a pas été fait. Une consultation en deuil animalier a pour but de permettre à la personne endeuillée de pouvoir exprimer sa peine, exprimer ce qu’elle ressent sans être jugée. Ensuite le thérapeute passe en revue avec le client les émotions qui accompagnent le décès de l’animal. Nous terminons avec un aperçu de ce que sera la vie sans celui que l’on vient e perdre. Plusieurs personnes aussi veulent savoir comment se préparer à la venue éventuelle d’un autre compagnon.

Lorsqu’un proche, un ami ou même un collègue de travail nous annonce la perte de son animal de compagnie, comment devrait-on réagir? Quels sont les discours que l’on devrait éviter?

Il faut principalement prendre soin de notre propre émotion et ne pas vouloir agir sur celle de la personne endeuillée. Ce que je veux dire, c’est que bien souvent nous ne voulons pas faire face à notre propre peine. De plus voir en face de nous une personne qui pleure, fait que nous voulons mettre fin à sa tristesse. Alors, nous allons essayer de la raisonner en lui disant « c’est un chien, tu peux aller en chercher un autre », « il était vieux et malade c’est une bonne chose de l’avoir fait euthanasié ».

Dans les tout premiers jours du décès, il ne sert à rien d’essayer de vouloir « raisonner » la personne. C’est une période très émotive, elle sa raison d’être et nous ne devons pas essayer d’y mettre fin. Les émotions devraient reprendre une intensité « normale » à l’intérieur de 2 à 3 semaines.

Si nous sommes mal à l’aise devant une personne émotive, nous devrions limiter nos propos. Il n’est pas nécessaire de chercher à dire quelque chose à tout prix. Il est préférable de dire « je vois que tu as beaucoup de peine et je ne sais pas quoi te dire ». Juste « bon courage » peut être très réconfortant.

Comment doit-on annoncer la mort d’un animal de compagnie à son enfant et l’accompagner dans son deuil?

La meilleure chose reste encore de dire la vérité dans un langage accessible à l’enfant. Il pourrait s’agir aussi d’un premier contact avec la mort, d’où l’importance de ne pas banaliser, de ne pas passer l’événement sous silence ou à l’autre extrême, de ne pas dramatiser le fait. Nous prendrons en considération l’âge de l’enfant parce que le type de lien affectif développé avec l’animal varie selon l’âge. L’animal de compagnie est perçu comme un compagnon de jeu par un jeune enfant; c’est donc ce camarade qu’il perd lors du décès de l’animal. L’adolescent, par contre, confère une signification différente à l’animal. Au décès de ce dernier, il perd parfois un confident, un ami qui le comprenait et l’acceptait tel qu’il est. Parler du décès de l’animal avec l’adolescent peut simplement se résumer à être à l’écoute et démontrer de l’empathie.

Est-ce réellement une bonne idée d’acquérir un nouvel animal peu de temps après le décès de toutou?

Pourquoi se priver d’une source d’amour inconditionnel? Mais il y a un temps pour le faire. Il s’agit en fait d’acquérir un nouvel animal lorsque nous pourrons l’aimer pour ce qu’il est lui et non en le comparant à celui qui est décédé. Le nouvel arrivant ne remplace pas celui qui nous a quittés. Il faut donc l’accueillir dans sa différence et faire avec cette différence. Ce qui rend chaque animal unique à nos yeux.

NOTE : France Carlos offre différents services d’aide aux personnes endeuillées.

 

 

 

Le deuil animalier

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