Témoignage de Claire Branchaud sur sa participation à Mon premier Noël sans toiMC

Lorsque j’ai perdu mes 2 frères en 1989,  je m’étais dit qu’il me fallait vivre ce grand deuil parce qu’un jour, selon la normalité de la vie, j’aurais à vivre la perte de mes parents. J’ai participé à trois groupes différents d’entraide et de partage - oui pour m’aider dans cette grande perte, mais aussi, et surtout, pour me préparer. Je voulais pouvoir accompagner les deux êtres qui ont participé à former la personne que je suis devenue – mon « honorable Père » et ma « bonne Mère» - dans leur grande aventure de fin de vie.

En octobre 2012, lorsque notre Mère s’est éteinte après des mois de détérioration physique et mentale dues à l’Alzheimer, je ne me sentais pas connectée à mes émotions. Je ne pleurais pas et je vivais des moments d’incompréhension. Même si j’avais vécu des moments de solitude semblables, après la perte de mes frères, ma solitude n’était pas la même. Je venais de perdre une partie de mon identité – nous venions de perdre notre pilier familial. Chacun de mes frères et sœurs était retourné dans son cocon, pour y vivre sa guérison. Je n’avais plus de repères. Je me sentais seule, en manque d’amour et de chaleur de ma fratrie. «Tu as perdu ta tribu» m’a dit un bon ami. J’étais préoccupée par le fait de ne pas décevoir mes parents – il me fallait rassembler pour continuer ce trésor qu’ils nous laissaient – la famille. Je me suis laissée envahir par ce besoin de garder les liens solides avec mes frères et sœurs, sans même vérifier si c’était leur désir et volonté. J’ai occupé ma personne complètement à cette tâche, sans succès.

Découragement, incompréhension et désorientation – en même temps, joliment déconnectée de mes émotions. C’est lors de ma participation à cette merveilleuse activité qu’est « Mon premier Noël sans toi » que je suis entrée en contact avec ma petite voix… au fin fond de moi, pour la première fois. Tout, jusqu’aux moindres détails de cette activité, avait été réfléchi pour me permettre de vivre dans la douceur et surtout, dans un environnement sécuritaire, un moment unique qui ne se répétera jamais – le premier Noël sans « ma » Mère. On m’a demandé de préparer un petit mot que j’ai accroché dans l’arbre et un cadeau adressé à ma «bonne Mère».

J’ai préparé mon petit mot et mon cadeau le cœur gonflé par la peine et, pour la première fois, j’ai retrouvé mon équilibre émotif. J’ai fait, avec tout l’amour qui débordait de mon cœur, du sucre à la crème - le  cadeau qu’elle nous faisait si souvent, en nous disant : «Je t’ai fait une petite douceur.» Et je lui ai écrit mon inquiétude comme un cri du fin fond de moi-même.

Mama dear,

Noël, sans vous, ne sera plus jamais pareil… Je ne sais plus comment on pourra être une vraie famille.

La neige me déprime, je ne veux surtout pas penser et pourtant, c’est tout ce que je fais! Je ne fais que penser à comment faire pour garder cet esprit de famille qui nous a toujours si bien enveloppés, mes frères et sœurs. Mom, je vous en prie, aidez-moi!!! Maintenant que vous êtes là-haut et que vous avez plus de pouvoir que lorsque vous étiez ici sur terre, pourriez-vous me chuchoter à l’oreille des trucs, les vôtres parce que les miens ne sont pas appropriés. Mes frères et sœurs semblent indifférents. En ce moment, c’est comme s’ils sont presque tous partis… pour ne plus vouloir rester dans cette belle famille que nous étions de votre vivant. Je sais, c’est comme si on n’avait plus de bonne raison de se voir.

Je vous aime, Mom et, en ce moment, j’espère que vous êtes, enfin, heureuse avec tous les vôtres qui vous ont accueillie les bras ouverts. Je veux vous imaginer à nouveau, enjouée, coquette, pleine d’énergie, capable de danser, chanter, rire et surtout capable d’aimer et être aimée.

Votre ‘grande’ fille, Cla*re

Oui, j’ai pleuré! Mais je me sentais en sécurité, entourée de personnes qui, comme moi, avaient perdu un être aimé. Je me sentais accueillie et comprise. J’avais l’occasion de parler de ma peine, de mes peurs et de mes besoins les plus simples. Après l’activité, je me suis sentie plus légère et surtout, j’ai repris contact avec mes émotions. Je n’ai pas envoyé d’invitation à cette activité à mes frères et sœurs, même si j’avais un grand besoin de vivre «mon» premier Noël avec eux, parce que je comprenais leur besoin d’être seuls avec leur peine.

Si les médias pouvaient faire connaître cette activité à la population entière, mais spécialement aux personnes qui viennent de perdre un être cher, ils participeraient sans le savoir, au meilleur-être de la communauté outaouaise en entier. C’est un cadeau à faire aux personnes démunies dans leur cœur et âme, qui vivent une période de festivités difficiles, suite au décès de la personne qu’ils ont tant aimée.

Claire Branchaud

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