Charlyne Bélanger - Même les montgolfières étaient en deuil

par Patrice Bélanger, son père

Patrice et sa fille Charlyne 

Patrice et sa fille Charlyne

Le 1er septembre 1996, durant la longue fin de semaine de la Fête du travail, le Festival des montgolfières de Gatineau battait son plein. Mon épouse et moi avions décidé d’aller voir l’envolée de 18 h, mais sans succès car le manque de vents favorables empêchait les montgolfières d’égayer ce ciel pourtant bien bleu de cette journée de fin d’été. Nous étions alors revenus à la maison bredouilles, pour regarder un film que nous projetions de voir depuis quelque temps.

À 22 h 30, on sonne à la porte. C’est un agent de police de la ville d’Aylmer qui me demande si je suis le père d’une jeune fille de 15 ans. Je réponds par l’affirmative et il poursuit en me disant que je dois me rendre au Centre hospitalier des Vallées-de-l’Outaouais car ma fille a été happée par une automobile plus tôt en soirée. Sans préciser dans quel état elle se trouve, il précise que c’est très urgent. En compagnie de mon épouse et de mon fils alors âgé de 13 ans, et après avoir avisé ma belle-sœur de notre sortie nocturne, nous quittons pour l’hôpital. Tout le trajet d’une vingtaine de minutes se fait en silence. Je demande à Dieu de m’aider et d’épargner ma fille. Les scénarios les plus extrêmes se dessinent dans ma tête. Mon Dieu, pitié !

À notre arrivée à la salle des urgences, le personnel médical nous a immédiatement fait passer dans une petite salle attenante, nous disant que le médecin viendrait nous voir dans quelques instants. Mon épouse semble terrorisée, mon fils nous observe sans mot dire, avec de grands yeux inquiets. J’ai un poids énorme qui me comprime la poitrine. Je reconnais cette sensation, c’est comme le stress que je ressentais à l’occasion des matches de hockey de mon fils, lorsque la partie était serrée dans les toutes dernières minutes. Mais cette fois, je sais que c’est une toute autre partie qui se joue et je ne peux rien faire, sauf attendre.

 

Enfin le médecin arrive. Après s’être nommé, il commence par dire que notre fille a été happée par une voiture alors qu’elle faisait de la bicyclette sur une route de campagne, vers 22 h. À son arrivée à l’hôpital, ses signes vitaux ne répondaient plus. Il était déjà trop tard. Polytraumatisée, décédée sur le coup... Ces mots terribles prononcés devant moi se bousculent dans ma tête et j’ai peine à croire qu’il s’agit de ma fille, mon adorable adolescente, à qui j’ai parlé au téléphone, juste avant 22 h. Un destin qui s’achève à 15 ans.

L’héritage

L’héritage pour moi c’est comme le début d’un nouveau départ. Cela arrive selon moi lorsque, après quelques années, on se donne finalement de nouveaux projets et de nouveaux horizons. On envisage de modifier des aspects de sa vie car on réalise que nous allons rester ici encore plusieurs années. On réalise aussi qu’il y a tout le bagage des beaux souvenirs, des belles expériences, des beaux moments de vie de l’être perdu qui nous revient et qui peuvent servir de tremplin vers d’autres beaux moments. Il faut alors passer à l’action, c’est-à-dire changer les choses qui nous tentent et atteindre les objectifs qu’on avait mis en veilleuse, décider de vivre c’est accepter de nouveaux engagements, de nouveaux défis. La mort d’un être cher ne doit pas signifier la fin de notre propre vie.

L’héritage que ma fille Charlyne m’a laissé est celui de prendre la vie un jour à la fois, de prendre chaque petit moment de plaisir et de l’apprécier car on ne sait jamais quand la vie nous fera trébucher de nouveau. Mais c’est aussi surtout de voir et de réaliser que chaque personne que l’on côtoie, que l’on rencontre et que l’on fréquente, tous transportent en eux leur petit ou grand sac de peines qu’ils tentent de dissimuler tant bien que mal.

 Patrice Bélanger 

Patrice Bélanger, Entraide-Deuil de l’Outaouais

 

Aujourd’hui encore, tous les jours je pense à ma fille. L’image que je retiens d’elle est celle d’une adolescente joviale qui mordait dans la vie à pleines dents. Malheureusement, le 1er septembre 1996, elle s’est trouvée à la mauvaise place au mauvais moment. Et c’est ce qu’on appelle... le destin. Mon épouse, mon fils et moi, nous sommes sortis de cette lourde épreuve plus forts et plus unis qu’avant. Nos liens sont irréductibles et nous savons que même les plus grandes fatalités, que nous craignons toujours, ne peuvent nous abattre.

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